Rencontre des acteurs de l’équitation de tradition française

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Dans le prolongement du festival organisé par l’équipe du Cheval Bavard, en Charentes, se déroulent ces 23 et 24 septembre 2017 les premières rencontres des acteurs de l’équitation française, aux écuries de Corinthe, chez Pierre Guilbaud et Stéphanie Chalandon.

Au programme, des rencontres, donc, de professionnels, de passionnés, d’enseignants, d’écuyers, de spécialistes du bien-être de la santé équine, d’artistes, de cavaliers et de chevaux bien-sûr, réunis autour de la thématique de l’équilibre dans tous ses états.

Jean Louis SauvatQuatre enseignants auxquels sont attribués quatre couples cavalier-cheval, éclairent chacun de leur lumière et de leur prisme la croisée des chemins menant à la légèreté :

Jean-Louis Sauvat, artiste cavalier, élève du commandant de Padirac et du maitre Oliveira, enseignant à l’académie d’art équestre de Versailles, Bernard Sachsé, ancien cascadeur de Mario Luraschi et passionné d’équitation académique, devenu paraplégique suite à un accident, et gagnant depuis de nombreuses compétitions handisport jusqu’au niveau international, Galienne Tonka, directrice artistique au Théatre du Cheval Bavard, formée par Lucien Gruss et Michel et Catherine Henriquet, Pierre Guilbaud, élève de Sue Oliveira et Hélène Arianoff.

Dans le manège des écuries de Corinthe se succèdent pendant deux jours  leçons interactives et commentées, ponctuées par des temps d’échanges avec les spectateurs, des interventions de spécialistes de la nutrition, dentisterie, maréchalerie, shiatsu, partenaires indispensables d’un cheval bien dans sa tête et dans son corps.

Les chevaux tout en rondeur et en puissance de la talentueuse Sara Foxa, artiste peintre et sculpteur, observent d’un oeil attentif les échanges, la lumière intérieure des clichés de Raynald Aubert éclaire les lieux, et une toile peinte de Lisca trône à l’entrée, clin d’oeil au festival d’arts équestres libres.

A défaut de vous livrer un compte rendu détaillé et analytique de cette émulation haute en énergie de vie et en couleurs, je vous délivre pêle-mêle que j’en retiens : le sens de l’équitation.

De l’intérieur vers l’extérieur

D’abord la connexion, qui passe inévitablement vers un retour vers soi : un temps d’immersion où le cavalier intègre pleinement son corps, conscientise ses appuis, son souffle, ouvrant un espace objectif dans lequel il peut inviter le cheval.

Un temps où l’horloge n’a pas de prise, le temps des chevaux. Conscience, ouverture, observation, sans demande : se caler sur un même rythme, dans un même souffle, s’ouvrir à un état de perception et de disponibilité, celle-là même que l’on attend de nos chevaux.

De bas en haut

Prendre sa place avec le cheval, construire ses appuis dans le sol pour arriver à la légèreté de la main, trouver son axe pour pouvoir ressentir. Libérer le garrot, sentir les hanches. Devenir centaure.

Renoncer à entrer et à faire rentrer le cheval dans un moule , mais rechercher le fonctionnement propre à chacun, unique dans sa morphologie et ses proportions, qui lui permettra de construire de l’intérieur son équilibre, et de s’y tenir seul.

Trouver sa verticalité pour intégrer le mouvement du cheval, nos hanches deviennent ses hanches, nos épaules ses épaules. Construire la posture du cavalier du global vers les extrémités, en proprioception.

D’arrière en avant

Bernard SachséImpulsion ou équilibre, qui ouvre le bal? L’impulsion, énergie disponible, permet d’aller chercher force de poussée et de soutien des postérieurs dans la lenteur, qui se restituent dans le mouvement du cheval mature. Chez certains, il faut d’abord créer l’envie, animer, avant de décomposer. Devenir proie pour comprendre ce qui motive le cheval à se mouvoir, ne plus chercher à faire faire au cheval, mais s’arranger pour qu’il fasse de son propre chef.

Ensuite mobiliser, les hanches d’abord, l’équitation se pratique d’arrière vers l’avant. Puis les épaules. Plier, assouplir, alléger. Demander peu, récompenser beaucoup. Rendre les rênes entre chaque exercice, pour préserver l’envie du cheval à coopérer, et varier les attitudes, chaque reprise des rênes est une mise en main. Comprendre que tout est variation, qu’un cheval constamment placé est monté par un cavalier qui varie l’attitude de manière très discrète.

Revisiter sans fin les figures de manège, dont chacune constitue des moyens pour organiser le mouvement du cheval dans l’espace et dans le temps, et non une finalité : “un vrai doubler bien fait est le premier pas d’une pirouette”. 

De l’extérieur vers l’intérieur

Utiliser une aide à la fois : main sans jambe, jambe sans main. Jambe droite sans jambe gauche, main droite sans main gauche, travailler ses gammes pour arriver un jour à l’effet d’ensemble. Comprendre que les aides simultanées sont en réalité des combinaisons d’aides isolées rapprochées avec une grande précision.

Envelopper l’extérieur du cheval pour contrôler le côté intérieur. Garder la forme du mouvement dans les transitions. Demander et laisser vivre, permettre au cheval de se prendre en charge.

De la technique à l’art équestre

Mettre la technique au service de l’intention. Poser ses aides franchement et justement, s’incarner dans la matière, savoir passer par des phases d’inconfort pour aller vers la décontraction, vers l’utilisation des aides subtiles, visualisation, suggestion. Accepter que cela prenne du temps

Accepter que cela rate, accepter de risquer de le perdre, quand le cheval peut s’en aller, il peut choisir de rester. Établir des contrats, instaurer la confiance. S’appuyer sur les forces plutôt que focaliser sur les faiblesses, renoncer à passer en force, savoir lâcher prise mais rester vigilant.

Pour conclure

Galienne TonkaUn grand merci à la générosité de tous les intervenants, un vrai cadeau d’une grande richesse.

Si l’on retrouve des lignes directrices communes à ces quatre visions, on perçoit également que le caractère unique de chaque cheval ne permet pas l’application d’une méthode commune à tous.

Une étude et une pratique consciencieuse de la technique, incluant l’acquisition d’une posture fonctionnelle, partant d’une stabilité dans les appuis et dans la verticalité, pour arriver à la précision des extrémités et une véritable indépendance des aides, et une connaissance poussée du mouvement du cheval me semble incontournable avant de parler d’art équestre.

Je ressort de ces deux jours avec une perception plus fine de ce vers quoi j’aimerais tendre : une équitation moins interventionniste, qui ne fait pas faire au cheval mais qui créée des situations pour que le cheval fasse, qui propose un mouvement et laisse vivre en descente des aides, une équitation dans laquelle rien n’est figé, tout est variations et pulsations, une équitation vivante qui rend au cheval la liberté de prendre en charge son propre équilibre.

Merci à Pierre et Stéphanie pour leur accueil et l’organisation de ces rencontres, merci aux intervenants pour le partage et leur envie de transmettre, et aux participants pour leur belle présence. Et merci infiniment aux chevaux qui nous réunissent et nous poussent à devenir meilleurs.

Crédit photo : Raynald Aubert, photo principale : oeuvre originale de Sara Foxa

 

Comments

  1. Merci pour cet article écrit avec du coeur et une tête bien remplie !

    Merci de nous permettre d’observer ces pas et ces rencontres.

    Cela donne envie. ;D

  2. Florie Dardenne on 2 octobre 2017 at 11 h 31 min said:

    Merci Morgane pour ton retour, heureuse que cet article ait fait écho en toi! A bientôt, Florie

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